Bonjour,
En direct d'une agence bancaire, je vous informe des jolies petites choses que les services de la direction nous concoctent.
Après une année d'absence alors que la crise est passée par là, je pensais, fort naïvement je vous l'accorde (j'ai été scout ça doit être pour ça) que les banques avaient appris de leurs erreurs et que le scandale des subprimes n'était pas près de se renouveler...
Pour ceux qui n'étaient pas parmi nous ces dix huit derniers mois (coincés sur une île déserte, ou partis pour une expédition au pôle Nord), je vous rappelle les faits rapidement.
Les banques américaines avaient proposé des prêts immobiliers à des ménages ne pouvant pas faire face au remboursement. Afin de se débarrasser de ce risque, ces banques l'avaient "vendu" à d'autres banques. Lorsque les premiers emprunteurs n'ont pas pu rembourser leur prêt, le château de carte s'était écroulé, provoquant les catastrophes que l'on sait.
Et bien, la semaine dernière, pendant que j'étudiais les nouveaux prêts à proposer aux clients, je me suis arrêtée sur un nom de produit qui m'a frappé. Étonnée, j'ai demandé à une collègue des explications.
Moi: Dis donc, c'est quoi ce truc encore? C'est dans la catégorie prêt, mais je ne connais pas le nom.
La collègue: Ben en fait, c'est un revolving mais c'est pas nous qui le faisons. On passe en externe. On ne gère pas le dossier. Toi t'as juste à remplir un formulaire avec le client et l'envoyer au service en question.
Puis avec un air gourmand elle ajouta: Et en plus, ça compte comme une vente. C'est pas mal non?
Moi, étonnée: Tu veux dire qu'on a pas de visibilité sur ce qui se passe. On file le dossier à quelqu'un qui n'a jamais vu le client? Et en plus c'est seulement sur du déclaratif non?
La collègue, blasée: Ouais, c'est ça. Après tout, c'est pas nous qui nous posons la question du risque. Ils se débrouillent avec les infos et pis c'est tout!
Après avoir remercié ma collègue pour l'info, je regagnais mon bureau en me demandant bien ce qui avait pu passer dans la tête des types qui avaient imaginé ce truc.
En gros, si j'avais bien compris, on refilait au client le prêt le plus dangereux qui existe (le revolving, plus connu sous le nom accrocheur de "réserve d'argent") sans établir le dossier en direct!
Franchement, qui est le mieux placé pour estimer le risque d'endettement d'un client à part son conseiller? Il ne faut pas être sorti de Polytechnique (et je pense que notre direction est composée de pas mal d'X quand même!), pour comprendre qu'en décentralisant la prise de décision on perd un part importante de l'information relative au dossier.
Evidemment, la gestion des impayés ne nous appartient pas non plus, et lorsque l'emprunteur a des problèmes pour rembourser, nous le renvoyons sur le service externe.
Ce service en question ne connait pas le client et par conséquent ne fera aucun effort pour comprendre ses difficultés.
Donc à peine un an après le scandale des subprimes, non seulement les banques n'ont rien appris, mais elles décident en plus de mettre en place de nouveaux produits encore plus dangereux qu'avant... Tout ceci me laisse perplexe... Peut-être parce que je n'ai pas fait une GRANDE école. Il y a sans doute des trucs qui m'échappent...
En direct d'une agence bancaire, je vous informe des jolies petites choses que les services de la direction nous concoctent.
Après une année d'absence alors que la crise est passée par là, je pensais, fort naïvement je vous l'accorde (j'ai été scout ça doit être pour ça) que les banques avaient appris de leurs erreurs et que le scandale des subprimes n'était pas près de se renouveler...
Pour ceux qui n'étaient pas parmi nous ces dix huit derniers mois (coincés sur une île déserte, ou partis pour une expédition au pôle Nord), je vous rappelle les faits rapidement.
Les banques américaines avaient proposé des prêts immobiliers à des ménages ne pouvant pas faire face au remboursement. Afin de se débarrasser de ce risque, ces banques l'avaient "vendu" à d'autres banques. Lorsque les premiers emprunteurs n'ont pas pu rembourser leur prêt, le château de carte s'était écroulé, provoquant les catastrophes que l'on sait.
Et bien, la semaine dernière, pendant que j'étudiais les nouveaux prêts à proposer aux clients, je me suis arrêtée sur un nom de produit qui m'a frappé. Étonnée, j'ai demandé à une collègue des explications.
Moi: Dis donc, c'est quoi ce truc encore? C'est dans la catégorie prêt, mais je ne connais pas le nom.
La collègue: Ben en fait, c'est un revolving mais c'est pas nous qui le faisons. On passe en externe. On ne gère pas le dossier. Toi t'as juste à remplir un formulaire avec le client et l'envoyer au service en question.
Puis avec un air gourmand elle ajouta: Et en plus, ça compte comme une vente. C'est pas mal non?
Moi, étonnée: Tu veux dire qu'on a pas de visibilité sur ce qui se passe. On file le dossier à quelqu'un qui n'a jamais vu le client? Et en plus c'est seulement sur du déclaratif non?
La collègue, blasée: Ouais, c'est ça. Après tout, c'est pas nous qui nous posons la question du risque. Ils se débrouillent avec les infos et pis c'est tout!
Après avoir remercié ma collègue pour l'info, je regagnais mon bureau en me demandant bien ce qui avait pu passer dans la tête des types qui avaient imaginé ce truc.
En gros, si j'avais bien compris, on refilait au client le prêt le plus dangereux qui existe (le revolving, plus connu sous le nom accrocheur de "réserve d'argent") sans établir le dossier en direct!
Franchement, qui est le mieux placé pour estimer le risque d'endettement d'un client à part son conseiller? Il ne faut pas être sorti de Polytechnique (et je pense que notre direction est composée de pas mal d'X quand même!), pour comprendre qu'en décentralisant la prise de décision on perd un part importante de l'information relative au dossier.
Evidemment, la gestion des impayés ne nous appartient pas non plus, et lorsque l'emprunteur a des problèmes pour rembourser, nous le renvoyons sur le service externe.
Ce service en question ne connait pas le client et par conséquent ne fera aucun effort pour comprendre ses difficultés.
Donc à peine un an après le scandale des subprimes, non seulement les banques n'ont rien appris, mais elles décident en plus de mettre en place de nouveaux produits encore plus dangereux qu'avant... Tout ceci me laisse perplexe... Peut-être parce que je n'ai pas fait une GRANDE école. Il y a sans doute des trucs qui m'échappent...
Bonjour Mademoiselle. Post alarmiste. J'ai une autre approche. Il me semble que ce genre de produit existe depuis très longtemps dans de nombreux établissements de crédit revolving. La nouveauté est peut-être que votre banque s'y mette aussi ... Le Crédit agricole le fait depuis longtemps, comme Cetelem ou consorts.
RépondreSupprimerEffectivement, l'aspect humain est oublié dans cette affaire au profit des automatismes ... Il existe juste le plus souvent une possibilité de repousser une ou deux échéances tous les six mois ... En cas de problème, les ménages passeront en surendettement ... Mais rares sont les chargés de clientèle qui sont vraiment prêt à aider leurs clients lorsqu'ils ont des problèmes d'argent. Leur hiérarchie ne leur permettrait pas d'agir comme cela.
L'intéressant dans votre post, c'est l'aveuglement de votre collègue ; la crise financière ne l'ayant pas conduit à se remettre en cause (c'est le sujet de mon post du jour dans un sens différent ... le questionnement de la faillite des élites) ou de s'interroger sur les produits qu'elle vend, mais uniquement de voir son intérêt commercial personnel et immédiat ... faire son chiffre de vente.
Le point positif, c'est néanmoins que vous vous interrogiez. Mauvais signe professionnel néanmoins. Vous allez passer pour une forte tête. Quelles études avez-vous fait ? Amicalement. Saucratès.
Bonjour,
RépondreSupprimerEt oui, je suis d'accord avec vous, la crise n'a rien enseigné ni aux patrons de banque ni aux employés. L'aveuglement est de saison et les même erreurs risquent de se produire à nouveau.
Quant à moi, ne vous en faîtes pas. Tout en prenant mes distances avec ce système, j'arrive à suivre un rythme de vente suffisamment correct pour qu'ils me fichent la paix...
à bientôt,
et merci encore pour vos commentaires toujours très pertinents.
Amicalement, Mademoiselle X